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Cibles macroéconomiques 2014-2016

La conduite de la politique macroéconomique des années 2014-2016 sera guidée par plusieurs considérations qui permettront à l’économie d’entrer dans une nouvelle phase de croissance. Elle sera à la fois axée sur les acquis de la stabilisation à préserver et sur la poursuite de grandes orientations concernant :  

Le tableau suivant présente les principales cibles macroéconomiques sur la période. Plus spécifiquement, il présente les indicateurs retenus et les variations annuelles escomptées sur la période. Une approche différenciée selon le sexe doit permettre d’en mesurer l’impact à la fois sur les hommes et les femmes.

Indicateurs macroéconomiques 2012-2016

 

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La construction d’une nouvelle économie

Axée sur la vision d’une Haïti à statut de pays émergent à l’horizon 2030, la stratégie économique veut faciliter l’émergence d’une économie forte, diversifiée, dynamique, compétitive, ouverte, inclusive et à large base territoriale. Deux grandes options devront marquer la trajectoire de l’économie, à savoir une croissance forte et une attractivité accrue de l’économie dans un contexte de rééquilibrage sur un triple volet social, environnemental et spatial.

Sur cette trajectoire, la période 2014-2016 constitue une période charnière au cours de laquelle seront posées les bases institutionnelles et stratégiques devant garantir la mise en route de l’économie sur des bases viables et durables. C’est une période cruciale où les politiques à mener vont conditionner l’ancrage de la vision à moyen et long termes. L’action sera donc orientée résolument à libérer le potentiel économique du pays en relaxant les contraintes auxquelles elle est assujettie et en réduisant les inefficacités qui infirment son plein essor. Concrètement, il faudra :

  • rechercher systématiquement des gains rapides dans le cadre de toutes les lignes de politiques publiques afin de maximiser sur le court terme les bénéfices pour la population ;
  • consolider et construire les moteurs de la croissance ;
  • supprimer les goulets d’étranglement qui entravent la libre concurrence et freinent l’initiative privée et, par conséquent, la croissance ; et
  • mettre en place un cadre de gouvernance économique approprié.

Pour garantir la viabilité de la stratégie, dans un contexte déjà fortement marqué par l’urgence, plusieurs facteurs de risque devront être pris en compte : la détresse sociale, la dégradation environnementale, les aléas climatiques. Par conséquent, les choix des politiques devront conjuguer, de manière articulée et intelligente : la  gestion des sources de vulnérabilité et l’objectif de croissance durable à moyen et long terme. De plus, la dynamisation de l’économie devra passer par l’accentuation de la formalisation des entreprises qui permettra d’accroitre les revenus de l’État et la protection sociale liée à l’emploi et, de ce fait, une amélioration sensible des conditions de vie.

 

Le choix d’une trajectoire de croissance accélérée

La tendance sur les cinq années précédant le séisme est celle d’une croissance faible, erratique, estimée à 2 pour cent en moyenne annuelle. Elle a été trop faible, insuffisante pour réduire la progression de la pauvreté. La vulnérabilité humaine prend des dimensions de plus en plus importantes, surtout après le tremblement de terre où des milliers de personnes ont dû se retrancher dans des camps et abris provisoires. La vitesse de récupération de l’activité suite au séisme a été aussi plus lente que prévu. Cette évolution correspond à une croissance morose, et n’est nullement incompatible avec la vision d’une Haïti émergente.

En accord avec la vision d’une Haïti pays émergent en 2030, il s’avère nécessaire de casser cette dynamique en menant une politique volontariste et pragmatique pour permettre éventuellement à l’économie de croître durablement à des taux élevés proches de 10 pour cent. Cela ne sera possible que si les politiques et réformes appropriées sont mises en œuvre de manière résolue et coordonnée pour stimuler l’investissement et libérer les énergies créatrices.

Au cours des trois prochaines années de la période charnière, un rythme de croissance annuelle de 5,6 % en moyenne est anticipé. Cette croissance sera supportée par des investissements tant publics que privés en forte progression. Dans un contexte de baisse de l’aide internationale, la hausse de l’investissement public proviendra en partie de la capacité à mobiliser les recettes domestiques qui devraient croitre beaucoup plus que l’activité économique pour atteindre une pression fiscale de plus de 14% à la fin de cette période. L’investissement public dépendra aussi de la capacité à mobiliser l’épargne interne par l’émission de bon du trésor à maturité dans le moyen et le long terme. Du coté de l’investissement privé, le financement dépendra en grande partie de la capacité de l’économie à attirer des investissements directs étrangers, notamment à travers des partenariats publics privés.

 

La consolidation et la construction des « moteurs » de croissance

Le constat est que les investissements récents, dans les infrastructures notamment, ne peuvent donner leur plein effet sans que certaines contraintes structurelles ne soient levées et sans une stimulation directe, c’est-à-dire proactive, des activités économiques.

La démarche de stimulation de la croissance va consister essentiellement à entreprendre un processus dynamique de recherche proactive d’investissement privé, mais aussi de revalorisation des secteurs productifs supportée par des politiques d’encadrement qui garantissent, entre autres, la formation, une assise organisationnelle adéquate et l’accès aux facteurs de production (travail, capital, progrès technique) avec les incitations appropriées. En effet, l’inaccessibilité aux facteurs peut constituer des contraintes qui entravent des décisions économiques. Un cadre légal approprié et la création d’un environnement propice aux affaires constituent d’autres axes prioritaires de la mise en œuvre de la politique économique envisagée. 

Dans le modèle proposé, les locomotives de l’économie se distinguent certes par leur potentiel de croissance à court et moyen termes, mais aussi par leur impact tant sur l’équilibre social que sur l’équilibre externe.

Le processus de croissance est envisagé en deux phases. Les opportunités à court terme dans les secteurs de la construction (bâtiment et travaux publics), de l’agriculture, du tourisme et du textile, par exemple, seront mises à profit pendant que des réformes structurantes préparent une seconde phase de croissance accélérée où la spécialisation dans des filières porteuses permettra des gains d’efficacité importants soutenus par un tissu dense de petites et moyennes entreprises (PME) en expansion.

 

La mise en place des bases de la compétitivité

Les bases de la croissance sur le long terme reposent non seulement dans le développement du marché intérieur mais aussi dans la capacité de capter et de maintenir des parts de plus en plus importantes de la demande externe. Pour cela, la mise en valeur des avantages comparatifs d’Haïti sera recherchée, dans les secteurs agricoles, manufacturiers et touristiques par exemple. Par ailleurs, une amélioration de l’efficacité sera recherchée par la maîtrise des coûts et l’offre de facilités. Ceci se fera notamment par :

  • l’exécution de programmes d’infrastructures visant à réduire les coûts de transaction dans les domaines de l’électrification, du transport routier, des communications, des technologies de l’information, des ports, des aéroports et des facilités de stockage ;
  • la mise en œuvre de plans de gestion et d’aménagement de l’espace national ;
  • la mise en place de zones économiques intégrées et de parcs industriels ;
  • la promotion des opportunités d’investissement et de l’image du pays à l’extérieur, notamment en mettant en place une diplomatie d’affaires pour attirer les investissements directs étrangers, notamment de la diaspora ;
  • le renforcement accéléré du capital humain pour améliorer sa productivité;
  • la réduction des coûts de transaction liés aux services administratifs ; et
  • un meilleur fonctionnement des marchés par des dispositifs légaux et réglementaires encourageant la concurrence.

 

Les orientations de la politique monétaire

La politique monétaire sera conduite de façon à appuyer la croissance économique et le développement du secteur financier. Sur la période, l’inflation sera contenue et la hausse des prix en moyenne annuelle restera autour de 5 pour cent, basées sur l’hypothèse d’une stabilité des prix des produits alimentaires et pétroliers (100 $/baril) sur le marché international. Les instances nationales et notamment la Banque de la République d’Haïti (BRH) chercheront à renforcer les instruments de politique monétaire et à améliorer la gestion de la liquidité du système bancaire. Toutefois, la Banque Centrale pourra intervenir, le cas échéant, sur le marché des changes pour éviter de trop fortes fluctuations du taux de change de la gourde par rapport au dollar américain.

 

Les grandes lignes de la politique de l’emploi

Le gouvernement recherchera une dynamisation de la création d’emplois à travers ses interventions directes et indirectes. D’une part, des emplois temporaires pourront rapidement être créés dans le cadre des projets d’investissements publics, notamment dans les infrastructures. Dans ce cadre, des travaux à haute intensité de main-d’œuvre seront parfois privilégiés quitte à sacrifier un rendement économique plus important qui résulterait du choix de travaux intensifs en capital. Ce choix est dicté par le souci de répondre rapidement aux besoins sociaux de la population à travers des distributions de revenus. D’autre part, des emplois durables et de meilleure qualité seront recherchés à travers des politiques de promotion des petites et moyennes entreprises et l’investissement privé en général.

 

L’effort de promotion d’une nouvelle politique commerciale

La politique commerciale vise à dynamiser les exportations d’Haïti par la promotion des produits haïtiens à l’étranger. Des projets de renforcement institutionnel et des projets d’appui au secteur des biens exportables seront menés pour diversifier les exportations conformément à la nouvelle approche de Cadre Intégré Renforcé. Les investissements directs étrangers seront recherchés dans les secteurs à fort potentiel d’exportation pour profiter des opportunités offertes par les accès préférentiels accordés aux produits d’Haïti par certains pays ou régions (Etats-Unis d’Amérique, Mercosur, Union Européenne).